LIU Pi-chen – Research Fellow, Institut d’Ethnologie, Academia Sinica Taïwan
Les anthropologues ont fait des efforts considérables dans la théorisation de la subjectivité non humaine au sein des cosmologies, mais, en mettant l’accent sur les animaux, ils sous-estiment l’importance des êtres botaniques. Les rituels et les tabous des Pangcah sont indissociables des plantes. Par l’action rituelle, ils classent les plantes en trois catégories : la première comprend les céréales, qui ont des divinités et des âmes, et qui sont au coeur des rituels animistes et chamaniques. Ces esprits se collent aux personnes (à l’instar de la substance des céréales) pour réclamer de la nourriture ou les rendre malades de manière agressive. Le deuxième type est constitué des légumes-feuilles dont la consommation est interdite avant et pendant les rituels. Ils sont considérés comme des femmes célibataires et revêtent une connotation sexuelle. La troisième catégorie comprend les plantes « enveloppées » (haricots et pousses de bambou) qui ne sont consommées que lors des rituels. Partant de la place importante qu’occupent les plantes dans le mode de vie et la cosmologie des Pangcah, mon intervention explore l’ontologie des Pangcah et analyse le rôle de médiation de l’expérience sensorielle dans la rencontre entre les hommes, les plantes et les esprits.