Le séminaire EHESS/CREDO
Coorganisé par l’EHESS MARSEILLE et le CREDO
In personn and videoconferencing seminar
Revisiter le concept d’ « ethnoscience(s) »
To attend the seminar
Location
Salle A, Centre de la Vieille Charité, 2 rue de la Charité, 13002 Marseille
Accès sur inscription :
Si vous souhaitez y participer régulièrement, merci de vous inscrire sur la plateforme : https://participations.ehess.fr (UE568).
Dans le cas d’une participation ponctuelle, merci de s’inscrire au plus tard la veille de la réunion en envoyant un e-mail à eric.vandendriessche@cnrs.fr. Les codes Zoom seront diffusés aux participants inscrits.
Co-organisateurs :
- Eric Vandendriessche [référent·e] chargé de recherche, CNRS / CREDO
- Frédéric Joulian maître de conférences, EHESS / CREDO
- Sébastien Galliot chargé de recherche, CNRS / CREDO
Day and time
5 séances, le lundi du 12 janvier au 29 juin 2026
De 13h30 à 17h00
UE568 - Des « ethno » aux « anthropo-choses » : épistémologie et anthropologie des savoirs pratiques
Depuis une soixantaine d’années, nous assistons au développement de nouveaux champs d’étude sous des appellations formées à partir du même préfixe « ethno- » : ethnoécologie, ethnobotanique, ethnomathématique, ethnoastronomie, ethnogéographie, ethnopharmacologie, etc. Ces différents champs de recherche partagent le projet d’étudier des pratiques et des savoirs présentant une « ressemblance de famille » (Wittgenstein, 1953) avec des disciplines scientifiques (« reconnues » comme telles), bien que développés hors des champs savants et institutionnels, dans divers contextes culturels, et tout particulièrement dans des sociétés « dites » autochtones.
De ce fait, la catégorie même d’« ethnoscience » n’est pas sans poser problème dans la mesure où elle présuppose, pour certaines catégories d’« ethno-trucs », une potentialité universellement partagée (mais pas toujours actualisée) à objectiver la nature et à opérer le passage du sensible à l’intelligible (Levi-Strauss, 1961). Par ailleurs, lorsqu’il s’agit des sociétés autochtones (souvent de tradition orale), il n’y a (ou avait) généralement guère de sens à parler de « science » (ou d’art) comme champ de savoirs et de pratiques autonome et indépendant des autres domaines de la vie sociale. C’est pourquoi notamment, l’anthropologue Philippe Descola critiquait cette tendance à « réifier certains pans des savoirs indigènes en les rendant compatibles avec la division moderne des sciences » (Par-delà nature et culture, 2005). Serait ainsi revenu « aux spécialistes des ethnosciences la mise au jour des classifications et des savoirs populaires » et aux « spécialistes de la culture, l’étude du symbolisme, des croyances et des rituels », opérant ainsi une distinction « tranchée » entre « savoir pratique et représentations symboliques ».
Dans la continuité du séminaire « Ethno-choses » (2024-2025), nous interrogerons la façon dont ces nouveaux champs d’étude ont répondu à cette critique, en se libérant des méthodes taxonomiques (Conklin, 1962), et en croisant différentes approches disciplinaires pour étudier des pratiques à caractère scientifique dans leurs liens avec des systèmes culturels et symboliques spécifiques. Plus précisément, il s’agira de faire un état des lieux et de comparer les questions et les méthodes qui ont été développées par ces ethno-« sciences » depuis quelques décennies mais aussi de suivre les programmes scientifiques nés de l’association de différentes disciplines qui ont fusionné de façon exemplaire : l’ethnomusicologie, l’ethnolinguistique ou l’ethnoarchéologie par exemple. Seront présentés des travaux s’inscrivant dans ces différents champs interdisciplinaires, à la croisée de l’anthropologie, de l’épistémologie, de l’histoire des sciences et des sciences cognitives et naturelles avec pour objectif principal d’élargir notre point de vue sur les pratiques et les savoirs scientifiques.
En particulier, et en filigrane tout au long des séances, nous chercherons à mieux cerner les éléments de la cognition (en lien avec les mécanismes du raisonnement notamment) qui interviendraient dans la recherche de traits communs voire des fondements universels des conduites humaines, et cela par-delà les variabilités historiques ou socioculturelles. Nous revisiterons les notions d’invariants et d’universels en faisant appel à des auteurs variés (Merleau Ponty, 1960 ; Dennett, 1990 ; Taylor, 2002 ; Lenclud, 2013 ; Diagne, 2024…) et tenterons d’en saisir la portée dans le contexte intellectuel et scientifique actuel.
Ce séminaire visera enfin à comprendre la façon dont l’épistémologie et l’histoire des sciences sont regardées depuis les sociétés autochtones, et la place de ces points de vue vernaculaires dans les processus de décolonisation des savoirs engagés par bon nombre de sociétés anciennement colonisées.
Le programme
12 janvier 2026 : « Revisiter le concept d’ethnoscience(S) aujourd’hui ? »
Éric Vandendriessche, Sébastien Galliot, Frédéric Joulian (CREDO)
9 février 2026 : « Se repérer, se déplacer : savoirs situés »
Akira Takada (Université de Kyoto), « Way finding in the Kalahari desert. Retrospect & prospect perspective ».
Frédéric Joulian (EHESS, CREDO), « Quadrumanes dans l’espace des forêts d’Afrique de l’Ouest. »
16 mars 2026 : « Réflexions sur l(es) ethnomusicologieS »
Jean-Michel Beaudet (Université Paris Nanterre, LESC), Une histoire de l’ethnomusicologie à partir de la technique d’enregistrement
Marc Chemillier (EHESS, CAMS)
11 mai 2026 : « L’ethno-archéologie dans tous ses états ; rétrospections et prospections »
Catherine Perlès (IUF, TEMPS)
Olivier Gosselain (ULB)
Juin 2026 (Date à confirmer) : « L’ethnopharmacologie : méthodes et enjeux »
Guillaume Odonne (CNRS, LEEISA)
Second intervenant à confirmer