Ethnographie d’un patrimoine muséal méconnu : les collections du Vanuatu du Museum de La Rochelle

Elise PATOLE-EDOUMBA

(Directrice des musées et du muséum d’Histoire naturelle de La Rochelle)

Présentation du séminaire
Vendredi 9 janvier
Salle 15-203

Les collections ethnographiques du Vanuatu, souvent constituées à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, ont été principalement collectées en contexte colonial. Ces objets sont le témoignage de relations souvent asymétriques entre populations autochtones ni-Vanuatu et différents acteurs européens (militaires, marchands, missionnaires, etc). La collecte reflète ainsi à la fois l’expansion commerciale et coloniale dans le Pacifique, mais aussi une forme d’appropriation dans la mesure où des objets ont été déplacés de leur contexte de création ou d’usage pour revêtir une fonction de « curiosités » ou d’artefacts ethnographiques dans des musées occidentaux. Aujourd’hui, il est rare qu’ils aient encore des liens avec des communautés d’origine. Ces collections sont parfois même perçues comme des sortes de reliques héritées d’un passé colonial, qui posent des défis quant à leur interprétation, leur conservation, et leur signification pour les populations autochtones contemporaines comme pour les publics européens.

La question de l’« aliénation » ou dépossession de ces objets ouvre la voie à des débats sur la restitution, la représentation et le contrôle culturel. Dans le contexte muséal, ils ne sont pas que des artefacts statiques, mais participent à un processus de re-signification, d’appropriation critique et parfois de réappropriation par les Ni-Vanuatu eux-mêmes. En parallèle, la montée des mouvements indigènes réclame la reconnaissance de la propriété intellectuelle et parfois de la restitution de certains biens patrimoniaux.

Les débats contemporains sur la décolonisation des musées interrogent en même temps la manière dont ces collections ethnographiques peuvent être réintégrées dans des relations plus justes et respectueuses des populations extra-occidentales. Cela implique non seulement une relecture critique des conditions historiques de collecte et des usages occidentaux, mais aussi la mise en place de pratiques collaboratives entre musées et communautés autochtones, et la reconnaissance d’une souveraineté culturelle en matière patrimoniale et muséale.

C’est dans cette perspective que les collections ethnographiques provenant du Vanuatu, conservées au Museum de La Rochelle, sont examinées. Outre la reconstitution de la trajectoire de chaque objet, leurs appropriations et leurs réceptions par les acteurs muséaux (publics comme professionnels) locaux et du Vanuatu sont questionnées.