Une nucléarité sans site de tirs ? Les Marquises et le Centre d’Expérimentation du Pacifique

Florence MURY

(Postdoctorante en géographie – CNRS/MSH-P)

Présentation du séminaire
Vendredi 03 avril
Salle 15-203

L’histoire du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP) est généralement abordée à partir des archipels des Tuamotu et des Gambier (Mangareva ma), où se situaient les sites de tirs, la base avancée et une grande partie des postes périphériques, ainsi que de Tahiti, siège de la base arrière. L’archipel des Marquises (Henua Enata) semble dès lors indirectement concerné par la nucléarisation du territoire en dépit de la présence d’outils de mesure radiologiques ou biologiques à Hiva Oa et Nuku Hiva. Cet éloignement apparent a nourri l’image d’un archipel seulement affecté par le départ d’une partie de sa population masculine vers les sites du CEP, ou vers Pape’ete, par les tournées militaires ou par le souvenir de retombées atmosphériques, en particulier en 1968.

 

Cette communication propose de réinterroger cette lecture en montrant que les Marquises relèvent également d’une nucléarisation avancée, selon des modalités largement invisibilisées. En mettant en regard les mobilités de travail avec les expériences de retour, en intégrant à l’analyse les projets de développement conduits dans les années 1960-1970 (infrastructures de transport, station d’élevage), mais aussi l’étude du programme avorté de construction d’un site d’essais souterrains à Eiao, il s’agit de repenser les spatialités du nucléaire en Polynésie française et d’intégrer les Marquises dans une histoire connectée et différenciée de la nucléarité.