Olga PEYTAVI,
Post-doctorante à l’Institut Agronomique calédonien (IAC)
Dans cette présentation, je vous propose d’entrer dans le monde méconnu des fontainiers :
ces agents locaux qui veillent au bon fonctionnement des réseaux d’eau dans les communes. Cette intervention s’appuie sur mes recherches doctorales en anthropologie qui portent sur les représentations et les pratiques de l’eau douce dans les communes de Thio et de Touho. Ces fontainiers sont à la fois des employés de la mairie et des habitants de la commune, avec leurs propres réseaux familiaux et sociaux. Cette double appartenance les place dans une position unique et délicate : ils sont l’interface constante entre l’administration, la population locale et, parfois, des prestataires privés. Pour comprendre ce rôle charnière, je me concentrerai sur deux questions qui cristallisent les tensions et les négociations autour de l’eau : le paiement du service et les pratiques de chloration de l’eau. Ces deux questions interrogent le rôle des fontainiers qui se trouvent à l’interface entre services administratifs et population locale. Comment qualifier ce rôle ? La littérature anthropologique parle volontiers de « courtier local » ou d’« intermédiaire ». Je souhaite, pour ma part, explorer la notion de diplomate « comme un exercice politique de mise en accord, au sens musical, ou de commensuration au moins partielle entre points de vue opposés ou simplement différents. » (Vienne & Nahum-Claudel, 2020 : 13). C’est cette diplomatie du quotidien que je vous invite à observer. Le fontainier, tel un diplomate, négocie en permanence. Il doit préserver les intérêts et l’harmonie de son territoire local, tout en acceptant et en légitimant des intrusions modérées venues de l’État ou des entreprises privées. Ma présentation visera ainsi à montrer comment, à travers les questions apparemment techniques du paiement et de la chloration, ces acteurs essentiels mais discrets font tenir ensemble cet assemblage, par un travail quotidien de négociation, de traduction et d’ajustement.